Le prix vise d’autres proies

Cela fait déjà 4 ans que je persévère sur ce blog dans la dénonciation de la « guerre des prix » et la déflation qui mobilise la distribution. Après avoir été relativement seul à agiter mon drapeau blanc, j’ai suivi une évolution dans les mentalités, une prise de conscience dont nous avons vu un premier aboutissement, à confirmer, avec les États Généraux de l’Alimentation et la loi qui les a suivis. En tant que vétéran, j’ai appris à me méfier des effets d’annonce. J’ai aussi appris à écouter mes éclaireurs qui m’informent des prochains champs de bataille, des prochains vainqueurs et vaincus. Depuis quelques mois, la guerre des prix fait des dégâts sur des nouveaux terrains. Elle change de victimes. Cette quête sans fin du toujours moins cher, que certains nous présentent comme vertueuse pour l’intérêt du consommateur et le dynamisme du secteur de la grande distribution, est en fait en train de la tuer à petit ...

A la recherche de l’argent (perdu) des Français

Quelque chose ne tourne pas rond dans la chaîne de l’alimentation française. Commençons par rappeler les maillons de cette chaîne : Les consommateurs achètent des produits à des distributeurs (supermarché, hypermarché, épicerie, etc.).Les distributeurs achètent eux-mêmes les produits aux entreprises de l’alimentation qui les fabriquent ou directement aux producteurs agricoles et coopératives.Les entreprises de l’alimentation achètent les fruits, légumes, le lait, la viande, etc. aux producteurs agricoles et éleveurs. Cette chaîne est grippée depuis plusieurs années. Alors que les distributeurs profitent d’une croissance ininterrompue de leur chiffre d’affaires et de leur marge, les producteurs alimentaires et agricoles subissent chaque année des baisses de prix. Les conséquences sont lourdes : des fermetures d’usines ou d’entreprises, des agriculteurs en difficulté. La loi Agriculture et Alimentation devait changer ça. Des outils ont été mis en place : encadrement des promotions, hausse du seuil de revente à perte, définition des indicateurs de coûts de production. Les premiers effets ont été ressentis depuis le mois de février par les consommateurs. La hausse des prix est ...

La LME dynamitée ! Il faut vite construire l’après-guerre des prix

Après des mois de débats lors des Etats Généraux de l’Alimentation en 2017, le projet de loi Agriculture et Alimentation est discuté à l’Assemblée nationale depuis quelques jours. Coup de tonnerre : le rapporteur Jean-Baptiste Moreau a fait adopter un amendement qui dynamite le cadre des relations commerciales tel qu’il existe depuis 2008. Concrètement le pilier central de la Loi de Modernisation de l'Economie de 2008, c’est-à-dire la convention unique et la négociation commerciale annuelle, n’existera plus pour les produits agricoles et alimentaires !... Alors que tout le monde attendait tranquillement la traduction dans la loi des conclusions des EGA, les députés en ont décidé autrement. Notre environnement commercial, auquel nous étions habitués pour le meilleur mais surtout pour le pire, vient de voler en éclats ! Le premier enseignement de cette nouvelle, c’est qu’il y a une détermination forte afin d’en finir vite avec la guerre des prix. Le second effet immédiat de cette décision est ...

C’est qui le patron ?

Le 11 octobre 2017, le Président de la République dans son discours de Rungis énonçait ses premières conclusions relatives aux Etats Généraux de l’Alimentation. Il y posait clairement les principes d’une réévaluation des seuils de revente à perte et de l’encadrement des promotions pour mettre fin à la guerre des prix qui détruit tant de valeur pour l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire.   Le 15 novembre 2017, le Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation saluait la signature d’une charte d’engagements sur le sujet comme « un accord historique engageant moralement et politiquement l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire » s’appuyant concrètement sur la concertation, la confiance et le combat. Qu’il s’agisse de Carrefour, Leclerc, Intermarché, Casino, Auchan ou Système-U, cette charte fut signée par l’ensemble des patrons de la distribution. Pour rappel, elle prévoyait notamment de mettre immédiatement en œuvre les principes et propositions issus des premiers Etats Généraux de l’Alimentation.   A peine deux ...

M. le Président Macron, on ne peut plus avoir le beurre, l’argent du beurre… et la laitière !

Ce 20 juillet débutent les états généraux de l’alimentation auxquels Nestlé prendra part avec les autres acteurs de l’agroalimentaire. Le lancement de ces rencontres est un signal fort envoyé en début de mandat. L’alimentation est plus qu’un enjeu économique. C’est un projet de société. Nous savons que notre alimentation détermine en grande partie notre exposition aux maladies, notre espérance de vie, notre activité physique et professionnelle et tout aussi notre état d’esprit au quotidien. Et pourtant, l’alimentation et l’agriculture en France sont en plein paradoxe dans la situation vécue chaque jour depuis plusieurs années par les producteurs. Paradoxe n°1 : défendre l’alimentation de qualité sans payer les producteurs Nous sommes totalement rentrés depuis quelques années dans le monde du sans : sans sucre, sans sel, sans graisse, sans gluten, sans lactose, sans nitrites, etc. Sur le fond, ces tendances sont saines. L’amélioration de la nutrition est fondamentale pour réussir à passer un nouveau cap dans ...

“Nestlé est un très gros paquebot qu’on ne manœuvre pas comme un Riva”

Vendredi 21 avril, "L'Obs" a publié une interview que j'ai accordée à Corinne Bouchouchi. J'y reviens sur l'opération "C'est moi qui fabrique" qui rentre dans sa phase de visites des consommateurs dans nos usines mardi 25 avril. J'y aborde également l'actualité et les résultats de notre groupe. J'y fais le point sur la guerre des prix avec la grande distribution. Je vous invite à retrouver cette interview en cliquant ici.

Quand les caméras partent, Michel-Edouard Leclerc se lâche sur la filière agroalimentaire

Michel-Edouard Leclerc a un problème avec l’agroalimentaire et il le fait savoir. Dans une interview au magazine LSA du 26 mai 2016, le chantre de la guerre des prix s’en prend violemment à notre filière, coupable selon lui de ne pas se laisser faire quand la grande distribution lui impose une baisse des prix à marche forcée et menace gravement la survie de milliers d’emplois. « C’est pas moi, monsieur, c’est les autres ! » Comme toujours avec le président du deuxième groupe de la grande distribution en France, chacun en prend pour son grade et rien ne peut lui être reproché. Les agriculteurs ont une offre « tellement en retard qu’il faut aller la chercher chez nos voisins européens ». Chez les producteurs agroalimentaires, « les gros se sont planqués derrière les petits ». Les représentants des producteurs de tous horizons (FNSEA, ANIA, Coop de France) forment une « alliance contrenature ». Michel-Edouard Leclerc ne fait pas dans la dentelle pour ...

“Les prix vont devoir réaugmenter dans les 18 mois” – Mon intervention sur Europe 1

Dimanche 17 avril, j'étais l'invité d'Europe 1 dans l'émission EcoSystème animée par Emmanuel Duteil. Je suis revenu sur les négociations que j'avais déjà décrites ici, en rappelant que pour Nestlé cela représentait une baisse des prix de 10% depuis 3 ans. Pour certains produits comme Ricoré, le prix a baissé jusqu'à 40 centimes alors que dans le même temps le prix des matières premières a augmenté. "Depuis 3 ans, les prix chez @NestleFr ont baissé en moyenne de 10%" Richard Girardot, PDG #E1eco — Europe 1 (@Europe1) April 17, 2016 J'ai rappelé l'environnement dans lequel évoluent ces négociations, avec un regroupement des centrales d'achat des distributeurs qui les met en position de force. Les négocations avec les distributeurs dans l'alimentation : "la menace de dé-référencement existe pour tous" R. Girardot PDG de @NestleFr — Emmanuel Duteil (@EmmanuelDuteil) April 17, 2016 J'ai souligné que les prix devaient remonter car la survie de nombreux petits producteurs est en danger. "Les prix vont remonter ...

Négociations : un an après, rien n’a changé. Nous savons par quoi commencer

Cela fait un an que j’ai tiré le signal d’alarme et dénoncé les conditions dans lesquelles se déroulent les négociations entre les industriels et producteurs de l’agroalimentaire d'une part et la grande distribution d'autre part. Cela fait un mois que de nouvelles négociations ont eu lieu. Elles se sont clôturées avec le même constat, la même tristesse et les mêmes perspectives, de plus en plus alarmantes pour notre filière et tous ses emplois. D’abord, parlons de la méthode. L’ambiance de garde à vue que je décrivais n’a pas cessé, bien au contraire. Un patron de l’agroalimentaire a décrit sur RTL avec les mots les plus crus les négociations de cette année : « Des convocations le matin à 7:30 dans un box soit surchauffé soit glacial avec dans un premier temps des heures d’attente, ensuite 15 personnes qui débarquent, qui hurlent et qui insultent. » « Un climat de garde à vue , ...

Europe 1 – Richard Girardot rappelle les engagements de Nestlé pour la filière porcine

Invité de Jean-Michel Aphatie à "Europe midi" le 15 février, j'ai répondu à ses questions concernant la crise du porc et les propos du PDG du groupe système U Serge Papin accusant Herta de rechercher le "moins disant" à l'étranger au détriment du porc français. J'ai souligné que ce n'était pas le moment de polémiquer en plein milieu de la crise mais de proposer rapidement des solutions. Nestlé France s'est engagé au travers d'Herta à soutenir la filière porcine française. Nous nous sommes engagés à augmenter massivement la proportion de porc français dans nos produits. C'est chose faite avec plus de 50% de nos produits faits de porc français à la fin 2015 contre 20% auparavant. Nous nous sommes engagés à acheter le porc français au prix demandé par les agriculteurs. C'est chose faite avec un porc français acheté à 1,26€/kilo plus une prime d'engagement de 11 centimes par Herta alors que le cours ...