Professeur Cotillard, reprenons votre leçon !

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Depuis plusieurs semaines, le premier bilan de la loi Agriculture et Alimentation a débuté. Il est plus que mitigé. Le constat est le même chez les entreprises de l’alimentation que chez les producteurs agricoles : la hausse du seuil de revente à perte pour une série de produits n’a pas été répercutée par la grande distribution vers les producteurs.

Le malaise est palpable chez nos partenaires de la grande distribution. La FCD a hurlé aux « fake news » devant des chiffres pourtant limpides : les trois quarts des producteurs alimentaires ont reçu une demande de baisse de prix de la part des 4 centrales d’achat.

Ce mardi, dans une lettre ouverte publiée dans « Les Echos », le patron d’Intermarché, Thierry Cotillard, préfère jouer sur les mots que d’expliquer comment respecter concrètement l’esprit des « EGA ».

Mais sa leçon de méthode ne fonctionne pas.

Quand on ne peut contester les chiffres, on s’attaque à la méthode. Raté.

Comme il ne peut contester les chiffres issus de l’« Observatoire des négociations commerciales », Thierry Cotillard s’attaque à la méthode. 640 entreprises, ce ne serait pas représentatif du secteur ?

Raté, ces entreprises représentent 40% du poids des marques nationales.

Raté, ces résultats sont partagés par l’ILEC, Coop de France et la FNSEA.

Raté, ils concordent avec ceux des observations menées par le médiateur des relations commerciales.

Raté, l’ensemble des distributeurs s’accorde désormais sur ce constat de déflation en affichant les mêmes chiffres que les nôtres, c’est une première !

Quand on ne peut contester les pratiques, on s’attaque aux personnes. Raté.

Thierry Cotillard nous dit que les négociations commerciales observées concerneraient surtout les grandes entreprises de l’alimentaire, dominantes sur leur secteur.

Raté, les négociations commerciales concernent TOUTES les entreprises alimentaires : TPE, PME, ETI et grands groupes. L’ANIA représente toutes ces entreprises (98% de TPE, PME et ETI).

Quand on ne peut contester les abus, on dénigre la nationalité. Raté.

Thierry Cotillard justifie les baisses de prix abusives demandées à la majorité des entreprises par le fait que certaines achèteraient leurs matières premières hors de France.

Encore raté. Les entreprises de l’alimentation françaises transforment 70% de la matière première agricole française et plus de 80% des produits alimentaires que nous consommons sont fabriqués en France. Nous sommes proches des lieux de production agricole ou d’élevage. Notre métier de l’agroalimentaire est un métier de territoires.

D’ailleurs, vous le savez bien, Professeur Cotillard, avec vos usines de production, ne prendre en compte que la transformation de la matière première pour la conception d’un produit fini n’a pas de sens ! Pour fabriquer un produit, il faut un outil de production qui fonctionne et se renouvelle, il faut des salariés formés pour les utiliser, il faut compter tous les process de fabrication. C’est cet ensemble qui permet de répondre aux exigences de qualité des consommateurs.

Quand on ne peut contester ses manquements, on accuse son client. Raté.

Selon Thierry Cotillard, la rémunération insuffisante des producteurs est de la responsabilité des industriels qui ne répercutent pas les hausses de tarifs vers les producteurs agricoles.

Profondément raté. Les entreprises de l’alimentation ne demandent qu’à jouer le jeu et le font déjà quand elles le peuvent (nous avons des exemples concrets de nos adhérents). Mais à condition que la guerre des prix cesse ! Comment distribuer de l’argent qu’on n’a pas ? Comment rémunérer plus quand la distribution paie toujours moins ?

Cette leçon ne suffira pas à masquer la réalité. Les chiffres sont têtus :

  • 600 millions d’euros vont être payés en plus par les consommateurs cette année, et transférés dans les caisses des hypermarchés, des supermarchés. Pour l’instant, pas un centime n’est arrivé, ni dans les cours des fermes, ni dans celles des usines.
  • Les négociations commerciales ont abouti à 0.4 % de déflation, soit près de 300 millions d’euros encore évaporés cette année.

Cependant, prenons ce qui pourra être positif dans la leçon du Professeur Cotillard.

Mettons-nous autour d’une table, comme nous l’avons fait lors des Etats généraux de l’alimentation, et construisons notre avenir.

Imposons-nous la confiance pour l’intérêt général de nos filières de l’agroalimentaire français.

Définissons une méthode de travail pour les négociations 2020, en identifiant clairement les difficultés, les blocages, les mauvaises volontés des différents acteurs de la chaîne de l’alimentation en France. Et ce au bénéfice de tous, et pas seulement de l’un des acteurs.

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