Négociations : un an après, rien n’a changé. Nous savons par quoi commencer

Cela fait un an que j’ai tiré le signal d’alarme et dénoncé les conditions dans lesquelles se déroulent les négociations entre les industriels et producteurs de l’agroalimentaire d’une part et la grande distribution d’autre part. Cela fait un mois que de nouvelles négociations ont eu lieu. Elles se sont clôturées avec le même constat, la même tristesse et les mêmes perspectives, de plus en plus alarmantes pour notre filière et tous ses emplois.

D’abord, parlons de la méthode. L’ambiance de garde à vue que je décrivais n’a pas cessé, bien au contraire. Un patron de l’agroalimentaire a décrit sur RTL avec les mots les plus crus les négociations de cette année :

« Des convocations le matin à 7:30 dans un box soit surchauffé soit glacial avec dans un premier temps des heures d’attente, ensuite 15 personnes qui débarquent, qui hurlent et qui insultent. »

« Un climat de garde à vue […], une pression proche de l’agression physique »

« Des méthodes dignes d’une mafia, une menace de déréférencement total ».

Messieurs les Epiciers : où est le respect de l’autre ?

Les résultats ont été à la hauteur de ces méthodes. Le marché de l’agroalimentaire prévoit encore pour 2016 une baisse du prix des marques nationales, plus forte,  d’environ -2% après une chute à -4% en 2015. Cette guerre des prix est destructrice et un consensus est en train de s’établir à ce sujet, même chez les distributeurs. Les distributeurs y sont allés les uns après les autres de leurs engagements pieux énoncés lors de la journée d’échange LSA annuelle en Octobre : garanties sur le prix du porc, promotion de la production locale… Tous ces points n’ont pas été respectés. Ces mesurettes ne font pas une politique de protection et de développement d’une filière aussi importante que l’agroalimentaire, qui compte plus de 15 000 entreprises et emploie plus de 500 000 personnes.

Pourtant, la France a bien plus besoin de ses producteurs que d’une nouvelle baisse des prix des produits alimentaires dans les supermarchés. L’alimentation ne représente plus que 10% des dépenses de consommation des ménages. Les sacrifices auxquels nous avons consenti ces dernières années en baissant nos prix devant la pression des distributeurs n’ont eu qu’un effet minime sur leur pouvoir d’achat.

Par quoi commencer ? Difficile d’entendre des propositions fortes de la part des entreprises de la filière, tant l’omerta qui règne est forte. Je suis l’un des rares  à avoir publiquement pris position pour des mesures concrètes et rapides qui redonnent de l’air aux producteurs. La plus urgente serait de mettre un terme à ces pratiques d’un autre âge qui consistent pour les distributeurs à demander systématiquement des baisses de tarif et des promotions à leurs fournisseurs, à leur imposer un alignement sur les événements promotionnels qu’ils ont décidés et à déréférencer les produits de ceux qui ne s’y soumettent pas ou encore à justifier des problèmes « informatiques ».  Et ceci sans tenir compte des prix des matières premières françaises (porc, lait)…. ou internationales (cacao, café)… Dans certains cas, cela revient à infliger une baisse supplémentaire qui s’ajoute aux sacrifices déjà consentis.

Pourquoi cette pratique n’est-elle pas concertée ou encadrée ? Pourquoi faire payer intégralement aux producteurs les orientations commerciales de plus en plus agressives des distributeurs ? La pression par les promotions met en danger le modèle économique des producteurs. Comment anticiper un chiffre d’affaires annuel ? Comment gérer sa trésorerie ? Comment prévoir des investissements, donc des recrutements, quand à n’importe quel moment un ordre de casser les prix peut vous tomber dessus parce qu’une grande enseigne a décidé d’attaquer ses concurrents pour la Saint-Valentin, le printemps ou les départs en vacances ? Je demande que des mesures soient prises rapidement pour encadrer le seuil de revente à perte et les promotions. C’est un premier pas concret vers un commerce équitable à la française pour venir au secours d’une filière qui se meurt alors qu’elle n’a jamais été autant plébiscitée pour son utilité et son savoir-faire.

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