Mobiliser l’épargne populaire pour sauver nos agriculteurs – Rodolphe Durand / Les Echos

Je me suis déjà longuement exprimé sur ce blog concernant la crise agricole et les obstacles à la reconstruction de filières d’excellence qui permettent aux agriculteurs de vivre de leur travaille.

Je partage aujourd’hui la tribune de Rodolphe Durand, professeur à HEC, publiée dans les Echos, pour créer un système d’épargne populaire en direction des exploitations agricoles.

Lien vers l’article original.

 

« En 2014, l’investissement matériel des agriculteurs a fléchi de 5,2 %. La France pourrait créer un système proche des Sofica, comme pour le cinéma. Ces instruments défiscalisés financeraient la modernisation des exploitations.

En 2014, l’investissement matériel des agriculteurs a fléchi de 5,2 %. La France pourrait créer un système proche des Sofica, comme pour le cinéma. Ces instruments défiscalisés financeraient la modernisation des exploitations.

La crise du monde agricole est d’une intense gravité. Elle est sociale, alimentant le désespoir de nombreux professionnels : en 2015, un agriculteur sur trois a gagné moins de 350 euros par mois. Elle est politique, marquée par une percée récente du Front national. Elle est sociétale : la restructuration en cours des exploitations familiales bouleverse les territoires et le tissu rural.

Mais, à la racine, le mal est avant tout économique. La sortie des systèmes de «quotas» qui ont longtemps organisé la production européenne fragilise nos producteurs. Les agriculteurs français sont pris en étau entre la volatilité du coût des matières premières et la pression constante sur les prix exercée par une intense compétition entre distributeurs. Michel-Edouard Leclerc, chantre du pouvoir d’achat, en est venu récemment lui aussi à dénoncer les limites de cette course aux prix les plus bas.

Une politique de l’offre pour les agriculteurs

La difficulté est qu’aucun élément du système de production agricole ne peut sortir le secteur de l’ornière dans laquelle il est embourbé. Les producteurs ne peuvent rétablir un pouvoir de négociation face à leurs acheteurs. Les transformateurs et la distribution sont pris dans une spirale déflationniste dont ils ne peuvent dévier. En définitive, les agriculteurs sont parvenus à un tel niveau de compression qu’ils n’ont même plus les moyens de préparer l’avenir : en 2014, leur investissement matériel a fléchi de 5,2 %. Cette dynamique décapitalisatrice comporte un réel risque de décrochage durable et définitif de la filière face à la concurrence internationale.

Ces difficultés ne trouveront pas de solution satisfaisante dans les seules réponses conjoncturelles. C’est une transformation de notre système agricole qu’il faut engager, en proposant une politique de l’offre qui donne à la France des capacités de production compétitives. Une première piste serait d’encourager la contractualisation entre agriculteurs et industriels de l’agroalimentaire, dans le respect des normes de concurrence afin de rétablir la confiance entre les acteurs de la filière et d’assurer des négociations commerciales plus équitables.

Pour redonner à l’agriculture française les moyens d’investir, une deuxième piste serait de mobiliser intelligemment l’épargne populaire. Puisque les Français sont très attachés au maintien d’une production agricole sur leur territoire, la France pourrait créer des sociétés de financement de la production agricole («Sofipa») qui investiraient dans des filières et une agriculture de qualité : c’est le principe même des sociétés de financement de l’industrie cinématographique et de l’audiovisuel (Sofica), dont l’impact a été très positif sur la filière culturelle depuis trente ans. Moyennant réduction d’impôt, ces instruments nouveaux contribueraient à la recapitalisation nécessaire du secteur, le soutenant directement dans sa modernisation.

Tous les acteurs sont aujourd’hui conscients que notre agriculture est au pied du mur. L’urgence dramatique de la situation impose de faire preuve d’une réelle ambition, pour que la production agricole française, moteur et fierté de notre économie nationale, puisse recréer de la valeur pour tous. Renforçons la dynamique de l’offre agricole et donnons au citoyen contribuable l’opportunité de soutenir directement les producteurs de l’Hexagone ! »

Rodolphe Durand

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