M. le Président Macron, on ne peut plus avoir le beurre, l’argent du beurre… et la laitière !

Ce 20 juillet débutent les états généraux de l’alimentation auxquels Nestlé prendra part avec les autres acteurs de l’agroalimentaire. Le lancement de ces rencontres est un signal fort envoyé en début de mandat. L’alimentation est plus qu’un enjeu économique. C’est un projet de société. Nous savons que notre alimentation détermine en grande partie notre exposition aux maladies, notre espérance de vie, notre activité physique et professionnelle et tout aussi notre état d’esprit au quotidien.

Et pourtant, l’alimentation et l’agriculture en France sont en plein paradoxe dans la situation vécue chaque jour depuis plusieurs années par les producteurs.

Paradoxe n°1 : défendre l’alimentation de qualité sans payer les producteurs

Nous sommes totalement rentrés depuis quelques années dans le monde du sans : sans sucre, sans sel, sans graisse, sans gluten, sans lactose, sans nitrites, etc. Sur le fond, ces tendances sont saines. L’amélioration de la nutrition est fondamentale pour réussir à passer un nouveau cap dans le bien-être de chacun à tous les moments la vie.

Etant du côté des producteurs, je connais les défis économiques qui viennent derrière la qualité nutritionnelle, la sécurité alimentaire, le produire local et le respect de l’environnement. Un produit sain, c’est un produit de qualité. La qualité a un coût, il faut qu’elle ait un prix. C’est ce qu’a relevé à juste titre la présidente de la FNSEA Christiane Lambert quand elle a parlé dans le Figaro du tabou à lever : « la qualité de notre alimentation a un prix ! ».

Je la rejoins totalement. La guerre des prix imposée par la grande distribution et associée à une exigence toujours plus forte et légitime de la part des consommateurs a accouché d’une situation intenable : des produits toujours plus chers à produire et une déflation devenue permanente qui asphyxie agriculteurs et producteurs. A cela, il faut ajouter les promotions permanentes. Conclusion : plus personne ne connaît le prix réel des choses. Nous partageons cette réalité avec des distributeurs responsables connaissant les mêmes problèmes de dégradation de leur activité.

Corriger cette tendance n’est pas si difficile. Les solutions proposées par Mme Lambert, modifier le calcul du seuil de revente à perte et réguler les propositions, sont assez aisément atteignables. Et contrairement à ce qui est dit dans divers journaux, il n’est même pas nécessaire de modifier l’épineuse loi de modernisation de l’économie, car ces dispositions n’y figurent pas ! Je compte sur ces états généraux pour aboutir à un rééquilibrage dans la création de valeur. Toutes les conditions sont réunies pour que cela se fasse sans querelles inutiles.

Paradoxe n°2 : rester conquérant en faisant toujours plus local

Consommer local est une demande exprimée de plus en plus fortement par les consommateurs. Chez Nestlé, nous avons intégré de longue date la collaboration avec des producteurs proches de nos usines dans nos processus de production. C’est le cas de Mousline dont les pommes de terre sont produites à moins de 50 kilomètres de l’usine.

Cependant, si comme le souhaite le gouvernement, nous voulons maintenir la France parmi les pays conquérants dans la production et l’exportation agroalimentaire, nous devons faire face à ce paradoxe. Nourrir 10 milliards de personnes en leur apportant une certaine variété dans leur alimentation ne peut pas se faire qu’avec du 100% local. Maintenir l’influence acquise par la France grâce à l’exportation de sa gastronomie, de ses vins, au rayonnement de ses grandes entreprises agroalimentaires, est un défi qu’il faudra rendre compatible avec la recherche de la meilleure efficacité énergétique et du maintien des circuits courts. Compatible, mais pas concurrent !

Paradoxe n°3 : produire 100% français sans avoir les bonnes filières

Enfin, le dernier paradoxe qui s’inscrit dans la ligne du consommer local est celui du produire local. Chez Nestlé, nous produisons des pizzas. Nous nous engageons dès que nous le pouvons à acheter chez des producteurs locaux et français. Mais est-il normal de devoir importer des tomates en conserve italienne pour nos pizzas car la production française ne suit pas ? Est-il normal que nous devions importer des lentilles du Canada pour notre gamme de purée Mousline car la production française ne suit pas ? Et je ne parle même pas du bio…

La réponse à ce paradoxe, c’est le développement des filières et le financement de la recherche et développement qui permettra d’acquérir de nouveaux savoir-faire et de rendre tous les producteurs agroalimentaires français plus compétitifs. A ce titre, nous militons pour la création d’un fonds de modernisation des filières financé par les marges dégagées tout au long de la chaîne de valeur en relevant le seuil de revente à perte. C’est une initiative qui devra être largement reprise et amplifiée afin de rendre les filières viables et d’en développer de nouvelles.

Résoudre ces trois paradoxes est un enjeu majeur pour le Président de la République. Ces états généraux devront donc protéger le manger français pour notre génération et pour les futures. C’est ce que je défendrai dès demain.

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