« Le rituel du repas de famille se perd »

J’ai donné une interview dans le Parisien qui souhaitait revenir sur les 150 ans de Nestlé.

 

 

Comment la petite PME est-elle devenue une multinationale ?

En innovant. En 1866, Henri Nestlé lance une farine lactée pour les mères ne pouvant allaiter. Le groupe Nestlé est né. Comme la Suisse est aussi le pays du chocolat, le groupe se lance sur le marché avec succès. Après avoir inventé le lait déshydraté, Nestlé a lancé le café soluble Nescafé dans les années 1930. A cette époque, il lance les glaces Esquimaux et ne va cesser de se diversifier par de la croissance externe également en rachetant des marques comme Herta ou Buitoni. En 1986, il révolutionne de nouveau le marché du café avec Nespresso. Au fil des ans, il est devenu le numéro 1 mondial de l’alimentation avec un chiffre d’affaires de plus de 85 Mds€.

Et en France ?

Nestlé s’installe en France rapidement, dès 1870. Les Français se sont donc très vite approprié la marque qui, encore aujourd’hui, reste largement perçue comme française. Ce n’est pas très étonnant car Nestlé a toujours fait le pari du local. Mousline, 52 ans cette année, Ricoré ou encore la fameuse tablette de chocolat Nestlé Dessert, sont nés sur notre territoire. Nestlé France compte quelque 70 marques, parmi lesquelles Herta, Nesquik, Nescafé, ou encore Perrier, la Laitière et Friskies. C’est le 3 marché après les Etats-Unis et la Chine, le 1 en Europe. La filiale française compte quelque 13 000 salariés, 23 usines, 5 centres de recherches et dégage un chiffre d’affaires de 4,8 Mds€.

Quels sont les enjeux pour la filiale française ?

Chez Nestlé France, il nous faut réconcilier la stratégie NHW (Nutrition-Santé-Bien-être) du groupe avec notre culture alimentaire. Depuis plusieurs années, le rituel du repas familial se perd en France, avec par exemple, le grignotage chez les jeunes, le snacking et l’individualisation du modèle. Sous l’impulsion du patron du groupe Peter Brabeck, nous avons lancé il y a 20 ans, des produits plus élaborés, orientés sur le bien-être. J’applique toujours ce credo : « Faire évoluer notre business vers une alimentation plus saine ». Nos engagements sociétaux -développement durable, protection de l’environnement, choix des matières premières, travail des enfants, etc. – sont forts.

Et pour les plus « vieux » produits ?

L’important, c’est la dose ! C’est sûr qu’avaler pur un tube de lait concentré Nestlé en entier est difficilement conciliable avec notre obsession NHW, mais c’est tellement bon !

Et le bio ?

Dans le secteur industriel, pour que le bio soit une vraie valeur, il faut s’assurer de pouvoir faire le volume nécessaire et que la fabrication se fasse dans le respect du développement durable. Pas mal dérogent à la règle. Chez Nestlé, on ne fait pas de concession sur la qualité, même si la mode fait pression !

La part de l’alimentaire dans le budget des ménages ne cesse de baisser. Comment vous adaptez-vous ?

Nous sommes effectivement passés d’environ 30 % il y a 30-40 ans, à moins de 15 % aujourd’hui. Les gens investissant plus dans les loisirs notamment. Nous nous adaptons aux nouvelles pratiques de consommation. La protéine végétale ne cesse de progresser au détriment de celle animale. Le « sans gluten » qui reste aujourd’hui un marché de niche va, je pense, se développer. En juin, nous avons lancé une nouvelle gamme de 8 références végétales chez Herta. Quelles que soient les évolutions, manger doit toujours procurer du plaisir.

Avec les réseaux sociaux, tous les consommateurs peuvent s’exprimer sur vos produits.

Comment gérez-vous ?

Tout a changé avec les réseaux sociaux, mais en cas de crise, les réflexes doivent être les mêmes. J’étais chez Perrier lors de la crise de 1990 qui a provoqué le rachat de Perrier par Nestlé. J’en retiens une chose essentielle. Internet ou pas, il faut toujours rester de bonne foi vis-à-vis du consommateur et réagir dans l’heure avec un discours clair. Nous sommes donc en veille permanente sur Facebook, Twitter etc.

La révolution numérique a-t-elle changé votre façon de travailler ?

Il y a longtemps, on vendait aux épiceries de quartier, puis dans les années 1960, la grande distribution est devenue notre principal client. Aujourd’hui, c’est le e-commerce.

Quand je vois certains syndicats « pleurnicher » contre l’ouverture des magasins le dimanche, je trouve cela inquiétant. Il faut s’adapter. Nous, nous sommes des industriels, on est au bout de la chaîne, c’est une question de logistique pour répondre aux besoins et aux envies de nos consommateurs.

Le Parisien Economie

Propos recueillis Sandrine Bajos

Lien vers l’article complet : http://www.leparisien.fr/economie/pour-le-president-de-nestle-france-le-rituel-du-repas-familial-se-perd-19-09-2016-6132667.php

No Comments Yet.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *