Discours 50 ans de l’ANIA

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Ce jeudi 5 juillet, j’ai eu l’honneur en tant que président de l’ANIA d’ouvrir les débats des 50 ans de notre association, en présence des ministres Delphine Gény-Stephann et Stéphane Travert, des parlementaires et de nombreux membres de l’ANIA et représentants des filières agricole, agroalimentaire et de la distribution.

Discours de Richard Girardot

ANIA 50 ans

5 juillet 2018

Musée du quai Branly

 

Seul le prononcé fait foi

 

Monsieur le ministre, cher Stéphane Travert,

Madame la ministre, Delphine Gény-Stephann,

Mesdames et messieurs les parlementaires,

Mesdames et messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs les directeurs généraux,

Chère Christiane Lambert,

Cher Michel Prugue,

Mes amis de la distribution,

Cher Jean-Philippe,

Chers partenaires,

 

Je commencerai par une question.

Pourquoi être venus ce soir ?

Quelle idée d’être présents pour cet anniversaire ?

Quelle idée, d’oser célébrer les cinquante ans de l’association nationale des industries alimentaires ?

Je dis bien OSER.

Regardons les choses en face :

Si vous allumez la radio ou la télévision,

Si vous écoutez certains débats politiques,

Si vous ouvrez un journal, parcourez les pages web dédiées à l’alimentation,

Et si, de surcroît, vous avez téléchargé sur votre smartphone l’application Yuka :

Il y a de quoi vous demander ce que vous faites dans cette salle ?

Le constat est implacable.

Notre industrie déguste.

Elle est pointée du doigt.

Elle ne remplirait pas sa mission.

Pire, selon certaines critiques, nous ferions exprès de ne pas nous soucier de la santé des femmes et des hommes. La qualité et de la sécurité de nos produits, l’environnement, la terre, les océans, la sauvegarde de la biodiversité, ne seraient pas nos priorités.

Sans relâche l’ensemble de la filière est visé.

Chaque matin 430 000 salariés françaises et français, 17 500 chefs d’entreprise dont 98% de TPE/PME se lèveraient avec la ferme intention de nuire à leurs concitoyens !

Certains seraient même assez cyniques pour vendre les « mauvais » produits qu’ils fabriquent au monde entier.

Je caricature ?

Non.

Je pense que certaines critiques nous ont aidés à nous remettre en question.

Vous vous souvenez tous de ce que disait le célèbre critique culinaire Curnonsky « dans le mieux, il est difficile de faire mieux, mais dans le pire, il est toujours plus facile de faire mieux ».

Vous n’avez pas oublié les éclats de Jean-Pierre Coffe, dénonçant la qualité du jambon sous-vide dans les années 90.

S’il vous plaît, Goûtez la qualité des jambons industriels aujourd’hui.

Oui, si nous écoutons certains critiques gastronomiques et autres défenseurs des territoires et du goût, l’acte alimentaire est devenu un acte politique. Politique car citoyen.

Comme le dit Périco Légasse, le réflexe cocardier se perd. Il est pourtant un moyen efficace de préserver le patrimoine culturel, économique et social dont nous sommes les garants.

Ce patrimoine passe par le plaisir du palais.

Il valorise le travail de nos agriculteurs et des acteurs de la chaîne agroalimentaire que nous représentons.

Caricaturés, nous le sommes.

A longueur de temps.

Et ça, … nous ne l’accepterons plus ; nous refusons de courber l’échine devant ceux qui font leur commerce des peurs alimentaires pour des parts de marchés entre chaînes TV.

Le foodbashing en français dans le texte fait de l’audience mais demeure fondamentalement dangereux, pour notre modèle et l’avenir de l’alimentation en France.

Cette caricature ne ressemble en rien à la 1ère industrie de France que nous représentons.

 

Nous savons très bien pourquoi nous sommes tous réunis ici : 

3 raisons guident cette conviction :

  • 1ère raison : nous sommes tous passionnés par notre mission : nourrir sainement nos concitoyens.

Et quand je dis passionnés, le mot est faible.

Et cette passion s’explique assez naturellement.

Tous les Français sont passionnés par l’alimentation. C’est culturel !

Du petit-déjeuner au dîner, en passant par le déjeuner, le goûter ou l’apéro.

On aime manger.

On aime parler de ce que l’on mange.

En France, nous aimons la bouffe.

Nous sommes pour la plupart omnivores.

Notre table est d’abord un lieu de partage et de plaisir. Et elle doit le rester.

Nous n’avons pas seulement des besoins ; nous avons aussi des envies et je dirai de l’appétit !

La campagne que je viens de mener m’a permis de faire de nombreuses rencontres.

Ce qui m’a le plus marqué, est la passion de chacune et chacun des chefs d’entreprise avec lesquels j’ai eu l’occasion de discuter.

Passion pour leurs produits, passion des métiers, passion pour la filière alimentaire plus largement.

C’est tout cela qu’il faut continuer de transmettre à nos enfants.

 

  • 2ème raison : nous sommes tous attachés à notre pays et à nos territoires :

Nous ne sommes pas une industrie hors-sol, déconnectée du terrain. Bien au contraire, nous sommes l’industrie la plus reliée à nos territoires, les deux pieds dans les champs aux côtés de nos partenaires agriculteurs et éleveurs.

Nous sommes une industrie de maillage.

Je rappellerais sans cesse ce chiffre.

Nous achetons et transformons 70% de la matière première agricole française.

Les céréales, les fruits et légumes, les protéines animales et végétales, les produits de la mer, sont transformés dans nos usines.

Transformer : n’est pas un gros mot ! C’est une valorisation de la matière première par les savoir-faire.

Transformer est noble dans nos métiers car nous créons du plaisir.

Nos usines de transformation sont au plus près des matières premières sur l’ensemble du territoire.

Quelle autre industrie peut ressembler autant à la France que l’industrie alimentaire ? Quelle autre industrie peut raconter les histoires avec autant de villes et de villages du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, des zones de montagnes aux plaines, des littoraux de métropole à ceux d’Outre-mer ?

Et nos 430 000 salariés ce n’est pas qu’un chiffre : ce sont autant d’histoires de famille, de femmes et d’hommes, de savoir-faire ancien et de maîtrise des technologies les plus modernes, d’apprentissage et de formation.

Au-delà des portes de nos usines, ce sont plus de 2 millions de personnes qui participent également à l’activité de nos filières alimentaires et donc à la vie économique et sociale de nos territoires.

Je dis cela en regardant nos présidents d’Associations régionales qui font vivre au quotidien l’agroalimentaire et qui connaissent cette réalité loin des clichés.

 

 

  • Enfin 3ème raison : nous sommes tous conscients de notre responsabilité :

Notre ancrage est local. La présence de nos produits dans les placards et les réfrigérateurs de tous les Français nous donnent une immense responsabilité.

Nous ne pouvons pas mentir avec ce qui se mange et se boit.

Nous sommes parfaitement conscients des enjeux actuels mais aussi des enjeux de demain.

Je le dis devant les membres du Gouvernement et du Parlement, et n’hésitez pas à le transmettre à Nicolas Hulot : pour faire toujours plus pour la biodiversité, par exemple les programmes sur les sols vivants ; vous trouverez toujours des partenaires engagés et actifs. Nous avons nos contraintes, nous ne sommes pas des ONG, mais cela ne nous empêche en rien d’avoir des convictions et des engagements forts, comme sur la responsabilité de nos emballages par exemple.

Nous sommes à l’écoute permanente de nos consommateurs et des citoyens ; nous savons ce qu’ils aiment. Nous connaissons leur exigence de sécurité, de qualité et d’accessibilité.

Mais nous sommes aussi conscients de ce qu’ils nous reprochent, de ce que nous pourrions améliorer : plus de proximité, plus de santé, plus de durabilité, plus d’authenticité, plus de transparence.

 

Nous allons prendre ces défis. 

Ces exigences nous réunissent.

C’est ce qui nous conduit chaque jour.

L’énoncer ne suffit pas.

Je suis de ceux qui pensent que « La différence entre dire et faire, c’est faire ».

Et notre différence passera par le mieux faire.

  • Mieux produire en améliorant sans cesse la qualité des produits et des recettes ;
  • Mieux préserver l’environnement d’un bout à l’autre de la chaîne de production, à travers les contenus mais aussi les contenants ;
  • Mieux adapter l’information des consommateurs à leurs besoins ;
  • Mieux construire nos filières plus durables et plus rémunératrices pour les agriculteurs et les entreprises.

Ce défi est essentiel. Essentiel, si nous voulons rassurer nos consommateurs et reconquérir les citoyens français qui doutent de leur alimentation, qui doutent de nous.

 

Et là vous vous demandez si mon discours va se terminer sans que je prononce le terme de « Grande distribution » ?

GIRARDOT se serait-il assagi en accédant à la présidence de l’ANIA ?

C’est mal me connaître !

Non je ne me suis pas assagi.

Et sur ce sujet je continuerai inlassablement à dénoncer un système complètement fou d’autodestruction de nos filières.

C’est cette exigence très forte qui explique que nous soyons aussi réunis :

  • une forme de colère partagée de voir notre compétitivité s’éroder chaque année face à la concurrence européenne et mondiale. Mais nous ne baisserons jamais les bras dans la compétition mondiale !
  • une colère de voir nos marges de manœuvre et nos capacités d’innovation s’étioler.

Mais nous avons des ressources et des talents pour continuer d’être la nation de l’Alimentation !

  • une colère enfin, et je le dis devant les représentants de l’État, sur la manière dont la rentabilité de nos entreprises est mise à mal par la guerre des prix de vente aux centrales d’achat. Ceci aujourd’hui et demain. Quel que soit le type de distributeur, quels que soient nos produits, que nous fassions des marques nationales et locales ou des MDD, que nous soyons des multinationales ou des TPE.

Mais cette spirale n’est pas une fatalité et nous continuerons de nous battre pour que les lois, actuelles et futures, soient respectées.

Nous comptons sur une action toujours plus volontaire des services de l’État. Leur rôle est vital pour nos entreprises : aujourd’hui et pour les prochaines négociations 2019 qui sont un peu celles de la dernière chance.

Tous les défis dont nous avons parlé jusqu’ici, tous les efforts pour un meilleur revenu des agriculteurs, les efforts pour une réponse toujours plus complète aux nouvelles attentes des consommateurs, tout ceci explose aujourd’hui sur la logique des prix bas.

Les États-généraux de l’Alimentation souhaités par Le Président de la République ont constitué à ce titre un moment très important de prise de conscience collective de ces défis. Les solutions construites par les acteurs pourront peut-être changer la donne.

Je sais les nombreuses heures de débats en séance, que vous avez eues, Monsieur le Ministre, Madame la Ministre, mesdames et messieurs les parlementaires, pour construire un nouvel équilibre.

Quitte à dynamiter l’ancien cadre, n’est-ce pas Monsieur le député Moreau ?

Nous sommes la grande famille de l’alimentation, mais une famille déchirée entre ceux qui produisent, transforment et ceux qui distribuent.

Nous ne voulons pas de divorce, au contraire ! Nous voulons retrouver des perspectives et des projets de vie commune avec nos clients, comme nous les construisons avec le monde agricole.

Car ensemble nous devrons répondre aux attentes de nos consommateurs.

 

Mes chers amis,

Il y a 50 ans, quand l’ANIA a été créée, la France comptait 49 millions d’habitants.

Un français sur cinq travaillait alors pour produire l’alimentation des autres.

Aujourd’hui, avec 68 millions d’habitants, c’est un français sur trente !

Les choses ont profondément changé en 50 ans.

Ces changements vont profondément s’accentuer dans les prochaines années.

Je sais que nous serons au rendez-vous de tous les grands défis. Outre la fierté, cela renforce ma détermination devant la tâche d’animation de notre collectif que vous m’avez confiée.

Dans le contexte qui est le nôtre, la décision et l’action deviennent de plus en plus nécessaires : nous ne pouvons pas rester immobiles sur les grands sujets de l’alimentation, des filières, des territoires et de l’environnement pour ne parler que des priorités de court terme.

Je suis convaincu que nous devons mettre toute notre organisation au service de la décision et de l’action.

Que puis-je nous souhaiter dans les prochaines années ?

Tout simplement : réussir pour nos entreprises et nos salariés à offrir à la fois du sain et du plaisir.

Nous ne ferons plus un pas en arrière face aux attaques des marchands de peurs.

Mais travaillerons collectivement sur toutes les attentes légitimes de nos consommateurs.

Nous dialoguerons davantage avec ceux qui veulent nous accompagner dans nos démarches d’amélioration.

Nous serons plus ouverts.

Mais aussi plus affirmés sur nos convictions et nos métiers.

Vous m’avez aidé à mesurer l’ampleur de nos enjeux, rien ne sera possible sans l’engagement de tous.

C’est avec vous que je veux relever le défi économique, industriel, sociétal, et international de l’ANIA.

C’est avec vous que je veux porter plus haut encore nos industries auprès des pouvoirs publics pour faire gagner nos entreprises, nos métiers, nos territoires, nos partenaires, nos équipes, nos salariés.

Voici selon moi, ce que nous sommes venus oser faire ici aujourd’hui.

Je tiens à vous remercier de votre présence, de votre confiance et de votre volonté d’avancer ensemble.

 

Et n’oubliez pas la différence entre « Dire et faire, c’est faire ».

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