Affaire des œufs contaminés – Les regrettables propos de M. Leclerc

Le lancement des Etats Généraux de l’Alimentation fin juillet par le Président de la République a un instant donné le sentiment que l’ensemble de la filière de production et distribution alimentaire s’accordait sur le fait que cinq années de guerre des prix entre enseignes devenait autant un risque pour l’emploi que pour la qualité des produits.

Début août, l’affaire des œufs contaminés au Fipronil aurait dû renforcer ce sentiment au regard du nombre de distributeurs touchés par ce problème sur les gaufres vendues sous leurs marques.

Ce réflexe collectif aurait été d’autant plus facile que les approvisionnements massifs de l’industrie agro-alimentaire française auprès d’élevages français limitaient considérablement le nombre de produits à risque.

Hélas, Michel-Edouard Leclerc a trouvé plus pertinent d’essayer, sur son blog, d’exonérer son groupe de toute responsabilité en détournant les soupçons vers l’ensemble de l’industrie agro-alimentaire et son association professionnelle, relativisant ainsi les problèmes de ses marques Repère ou Eco+.

Cela est regrettable, car lorsqu’ils vendent leurs marques propres, les distributeurs se retrouvent à faire face aux mêmes difficultés et responsabilités que les marques nationales vis-à-vis des consommateurs. Voici un problème de plus qu’il eut été opportun d’aborder collectivement plutôt que d’essayer de se cacher derrière son petit doigt.

Plus grave est le fait de laisser entendre que l’industrie agro-alimentaire vendrait de mauvais produits pour préserver ses marges au détriment de la santé des consommateurs !

Cette forme de leçon est des plus malvenues de la part d’un distributeur qui, pour acheter toujours moins cher, pousse ses fournisseurs à la faute en s’exonérant lui-même des contraintes du droit français.

Que penser ainsi de la création de la grande centrale d’achat « Eurelec Trading » à Bruxelles, au travers de laquelle un distributeur français négocie, commande, fait livrer et facturer depuis la Belgique des produits français à destination d’entrepôts français, de magasins français, pour des consommateurs français, tout en s’affranchissant des contraintes du droit et de la fiscalité française ?

La manœuvre est habile pour acheter à des prix toujours plus bas.

Elle est injuste pour tous ceux qui respectent le droit et en assument le coût.

Elle est indigne si elle pousse ceux qui ne peuvent pas répondre aux injonctions de baisse de prix permanente à aller s’approvisionner au moins cher, au risque d’acheter des produits issus de pratiques peu scrupuleuses.

L’esprit constructif des Etats Généraux de l’Alimentation peut-il s’accommoder de telles pratiques ? Personnellement, j’en doute, car elles contribuent à perpétuer une guerre des prix qui ne pourra que pousser les autres enseignes à s’expatrier elles-aussi pour tirer les prix vers le bas.

Tant pis pour nos agriculteurs.

Tant pis pour l’emploi industriel.

Tant pis pour le consommateur.

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