A la recherche de l’argent (perdu) des Français

Quelque chose ne tourne pas rond dans la chaîne de l’alimentation française.

Commençons par rappeler les maillons de cette chaîne :

  • Les consommateurs achètent des produits à des distributeurs (supermarché, hypermarché, épicerie, etc.).
  • Les distributeurs achètent eux-mêmes les produits aux entreprises de l’alimentation qui les fabriquent ou directement aux producteurs agricoles et coopératives.
  • Les entreprises de l’alimentation achètent les fruits, légumes, le lait, la viande, etc. aux producteurs agricoles et éleveurs.

Cette chaîne est grippée depuis plusieurs années. Alors que les distributeurs profitent d’une croissance ininterrompue de leur chiffre d’affaires et de leur marge, les producteurs alimentaires et agricoles subissent chaque année des baisses de prix. Les conséquences sont lourdes : des fermetures d’usines ou d’entreprises, des agriculteurs en difficulté.

La loi Agriculture et Alimentation devait changer ça. Des outils ont été mis en place : encadrement des promotions, hausse du seuil de revente à perte, définition des indicateurs de coûts de production.

Les premiers effets ont été ressentis depuis le mois de février par les consommateurs. La hausse des prix est très modérée, loin des hausses de 10% brandis par les tenants de la guerre des prix. Nielsen calcule une hausse de 0.8% sur les 15 000 références les plus diffusées. Sur l’année 2019, ce sont 600 millions d’euros supplémentaires qui devraient être payés par les consommateurs.

600 millions d’euros de plus pour l’alimentation

Reprenons calmement les maillons de notre chaîne :

  • Les consommateurs paient depuis le début de l’année un peu plus certains produits. Et ils le prennent comme un acte citoyen. Quand on les interroge, ils nous disent qu’ils comprennent qu’il faut payer plus cher pour rémunérer justement les producteurs.
  • Les distributeurs ont encaissé cet argent destiné à mieux rémunérer les producteurs agricoles et agroalimentaires.
  • Nous, entreprises de l’alimentation, n’avons pas vu l’ombre d’un centime. Au contraire, sur les 17 000 entreprises, 74% ont reçu des demandes de baisse de prix de la part des distributeurs !
  • Les agriculteurs n’ont rien reçu non plus. Comme le disait récemment le président des Jeunes Agriculteurs, “il n’y a pas encore un centime qui est redescendu dans les cours de ferme”.

Alors, où est passé l’argent des Français ?

Avec Charlie ? Dans une faille spatio-temporelle ? Dans des paradis fiscaux ?

(Presque) tous les acteurs de la chaîne attendent sa réapparition avant la fin de l’année, sans quoi les États Généraux de l’Alimentation n’auront été qu’une mascarade.

Sans quoi, il y aura toujours plus de fermetures d’usines que d’ouvertures en France.

Sans quoi, les agriculteurs resteront dans le rouge.

Sans quoi, les consommateurs auront été pris pour des jambons en promo.

Transformons l’essai, ensemble. Notre alimentation mérite bien ça !

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