5 ans (maximum) pour unir et apaiser !

Fidèle au respect du « devoir de réserve » que devrait conserver tout dirigeant d’entreprise soucieux de ne pas engager son groupe et ses collaborateurs, j’ai souhaité attendre le terme de cette campagne électorale avant de m’exprimer publiquement sur ce blog. Le visage et le projet de notre prochain Président de la République étant désormais connus de tous, je tiens à partager avec vous mes sentiments sur cette campagne électorale et sur les défis majeurs qui attendent maintenant Emmanuel Macron.

Je pense d’abord et avant tout à nos agriculteurs, dont le sort n’a rien à envier aux ouvriers de Whirlpool, de Goodyear ou d’Alstom et qui ont pourtant été largement relégués au second plan du débat politique ces derniers mois. J’ai été peiné de voir que malgré cet état de crise agricole durable, marqué par les faillites, les pertes d’emplois et de parts de marché de l’agriculture et de l’industrie alimentaire française face à nos pays voisins, les défis agricoles n’aient pas eu la place qui leur revenait.

Dans le même temps, sur le terrain médiatique, un discours anxiogène a continué à prospérer, celui de l’« agriculture bashing », ajoutant à ces difficultés la défiance des consommateurs. « Pollueurs » ou « empoisonneurs » préférant le rendement à la qualité de leurs produits : le discours dominant sur les producteurs et les industriels de l’alimentaire à considérablement dégradé leur image.

Pourtant, alors que nos voisins européens augmentent la quantité d’antibiotiques données à leurs animaux, les éleveurs de porcs français les ont réduits de plus de 20% en 5 ans. Ces avancées à contre-courant des idées reçues, sont aussi celles des industriels lorsque notre marque Herta propose un jambon sans nitrites, issu de plusieurs années de recherche et d’investissements. Dans ces deux cas, le silence médiatique est de mise.

Si aux yeux de certains observateurs le quinquennat d’Emmanuel Macron pourrait signifier la fin du « French bashing » que l’on accuse de faire fuir les investisseurs étrangers, sa tâche sera aussi celle de mettre fin à cet « agriculture bashing » qui divise injustement consommateurs, producteurs et industriels.

Passé ce constat, l’issue de ce scrutin m’a donné plusieurs motifs de satisfactions et même d’espérance. L’élection d’un candidat qui inscrit son action dans le cadre de l’Union Européenne a permis d’éviter le pire dans ce contexte où notre modèle agricole dépendant des exportations et bénéficiant des aides européennes est déjà soumis à rude épreuve.  Je me félicite de voir que les Français, y compris les petits et moyens exploitants agricoles les plus durement touchés par la crise n’aient pas été une majorité à céder à la tentation du repli.

Je retiens surtout la proposition d’Emmanuel Macron d’organiser des Etats Généraux de l’Alimentation, dès les premiers mois de son mandat, avec les représentants des agriculteurs, des industries agroalimentaires, de la distribution et des consommateurs.

Appelant ce grand débat de mes vœux depuis plusieurs années, j’estime que cette proposition va dans le bon sens en ce qu’elle permettrait de pouvoir mettre enfin un terme à la guerre des prix dans laquelle s’est enfermée la grande distribution. Cette course aux bas prix accentue chaque jour un peu plus les difficultés des agriculteurs, celles des industries agroalimentaires et enferme les distributeurs dans une spirale déflationniste destructrice de valeur et dangereuse pour le maintien de la qualité des produits proposés à nos consommateurs. Il est urgent de bâtir de nouvelles bases pour des relations apaisées parce qu’elles profitent à tous et ne laissent personne au bord de la route.

Pour que ce « Grenelle de l’alimentation » soit un succès et permettent de réelles avancées, encore faudrait-il que nous sortions de cette logique contre-productive d’opposition entre éleveurs et industriels, entre agriculteurs et consommateurs pour (re)fonder nos filières agricoles et créer de nouvelles coalitions fondée sur des intérêts communs : la qualité, le respect des savoir-faire, celui de l’environnement… L’union, le dépassement des intérêts particuliers et des corporatismes pour faire avancer les choses : cela vaut aussi pour nos filières agricoles !  Chez Nestlé, notre relation avec les agriculteurs n’est pas seulement un rapport acheteur-vendeur, mais aussi et surtout de partenariat, comme en témoignent nos engagements pris de longue date envers la filière porcine, laitière ou céréalière. De par notre expérience et notre statut de premier fournisseur des grandes surfaces françaises, nous aurons un rôle très fort à jouer dans cette refondation.

Il me semble essentiel que ce débat et les décisions qui vont suivre sous l’autorité des ministères concernés et de la part du Président de la République et de son Premier Ministre prennent en compte les différentes opinions, ceci au-delà des intérêts particuliers de certains acteurs au détriment de l’intérêt général de l’économie de notre pays pour aujourd’hui et pour demain.

Lutte contre l’«agriculture-bashing », refondation de nos filières agricoles, fin de la guerre des prix… Ce sont ces défis de qui devront être au cœur des préoccupations du Chef de l’Etat et de son prochain ministre de l’Agriculture lors de ce quinquennat. Je ne doute pas que le candidat qui a fait de l’union et de l’apaisement ses mots d’ordres durant toute sa campagne, saura les appliquer à sa politique agricole qui en a aujourd’hui grand besoin pour faire face à ces défis.

1 Comment
  • Périco Légasse
    mai 15, 2017

    Il convient cependant de regretter l’attitude adoptée par une certaine classe politique française, à laquelle appartient le nouveau chef de l’Etat, vis à vis de la Russie. La tension entretenue, pour des raisons qui méritent débat, avec cette grande nation européenne, partenaire historique de la France, a conduit a un embargo dévastateur pour notre agriculture, et bien sur pour nos agriculteurs, en terme économique. Lassée du traitement qui lui a été réservé, même si le gouvernement de Wladimir Poutine porte une responsabilité certaine dans la crise proche orientale, la Russie s’est isolée de l’Union Européenne et a fermé ses frontières. Comme il arrive dans tout “blocus”, l’agriculture russe a été contrainte de compenser les denrées manquantes en développant des productions jusqu’alors importées. Il en résulte que ce pays satisfait désormais en interne une partie considérable de ses besoins au détriment de nos exportations. Ce phénomène est hélas irréversible et aucun gouvernement européen ne pourra le compenser. Gageons qu’à l’avenir nos dirigeants auront un peu plus de jugeotte avant de se lancer dans des aventures désastreuses sur le plan diplomatique et géopolitique. Pour l’instant ce sont nos paysans qui payent, une fois de plus, la facture et c’est la position de la France qui se trouve affaiblie sur le plan international. Cent fois oui, donc, pour lutter contre “l’agriculture bashing”, en espérant que la France obtienne de l’Allemagne un comportement plus loyal, plus libéral, c’est à dire plus “européen”, vis à vis de nos agriculteurs, étant entendu que la politique de madame Angela Merkel apporte des fleuves entiers aux moulins de ce “bashing” là. Il y a donc beaucoup à espérer d’un grenelle de l’alimentation.

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